Juste un point rapide !
Je voulais faire un point sur l'arrivée de la vérification d'âge pour les réseaux sociaux. Je me suis légèrement laissé déborder. Désolé.
Le réveil des amnésiques.
Je suis né en 1975, rattaché au numéro de sécu de ma mère, j’ai obtenu le mien lors de mon premier job d’été à 16 ans. Puis, sur ma lancée dans la vie active, n’ayant pas gagné au loto, j’ai eu un numéro CAF, qui a changé lors de mon mariage et de mon divorce, mais mon dossier est resté identique.
Lors de l’achat de mes premiers téléphones portables, j’ai signé de ma main la déclaration d’utilisation des bandes passantes des ondes radio pour qu’on me délivre une carte SIM. Qui s’en souvient ?
J’ai créé des adresses mail, principales, poubelles, semi utiles, que je croyais temporaires… Certaines me servent encore pour m’identifier sur impots.gouv, ma banque, La Poste, mes applications, mes réseaux…
Et deux empreintes sont enregistrées de manière sécurisée dans mon tel pour débloquer des applications sensibles.
J’ai aussi signé sans regarder des CGU, téléchargé des trucs légaux, illégaux sur des plateformes légales et illégales, posté des vidéos et des photos avec ma bobine, me suis mis en colère sur des forums, pleuré de rire lors de chats vidéo…
Bref, comme tout le monde, j’ai une vie numérique.
Je ne suis qu’un singe parmi les autres.
Pensez-vous sincèrement que mes infos personnelles ne sont connues que de moi seul ?
J’ai largement profité de mon pseudonymat.
Et je ne compte pas m’arrêter ni me priver.
Être juste plus prudent.
Et vous ?
3 janvier 2027 14h30 :
Vite, il faut que je me connecte à TikTok : mon fils fait ses premiers pas sur les planches et ils mettent les 20 premières minutes en live pour la promotion de la pièce. QUOI ? Mais oui j’ai plus de 14 ans. Comment ça, le prouver ? Comment ça, un « tiers de confiance » ? Mais j’vais pas faire une photo de ma bobine et filer ma carte d’identité pour voir mon fils et des vidéos de chatons.
À ce moment-là, mon neveu, 13 ans :
« Tiens tonton, j’ai projeté mon écran de tel sur la télé, c’est les trois coups.
- Comment…
- Un magicien ne révèle jamais ses trucs. Tu dis rien aux parents, hein ? »
Pardonnez l’intensité dramatique insoutenable de cette scène du futur. Mais je voudrais faire le point sur les « obligations » de l’internaute en France et en Europe. Et surtout savoir à quelle sauce nous sommes trempés avant d’être dégustés.
Le sommet de l’iceberg réglementaire aujourd’hui
À partir du premier septembre 2026 : tout nouveau compte sur un réseau social devra faire l’objet d’une vérification d’âge par un tiers de confiance indépendant. Et l’obligation sera mise en place pour les autres comptes à partir du premier janvier 2027.
Bien. Ou pas.
Sont visées toutes les plateformes proposant un service de communication au public en ligne reposant sur l’interactivité, le partage de contenus (textes, images, vidéos) et la création de profils.
Ce qui pourrait cibler le moindre chat de jeu vidéo aussi, par exemple…
Et un hébergement privé ?
C’est kif-kif : les plateformes des réseaux sociaux sont déjà des hébergements privés.
Par quel chemin en est-on arrivé là ? C’est quoi un « tiers de confiance » ? Comment l’État peut-il avoir une influence sur YouTube et les autres ? Quels sont les autres contrôles « dans l’intérêt de… » ? Des projets dans les cartons ?
Quelques questions que je me suis posées.
Et je vous fais part de mes réponses.
Chemin faisant…
Est-ce que la loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 vous dit quelque chose ?
Nous sommes en pleine présidence Sarkozy, 9 ans après les attentats du 11 septembre, et cette loi promulgue l’interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public ; elle interdit de porter une tenue destinée à cacher son visage dans la rue ou les lieux ouverts au public. Il y a quelques exceptions : raisons médicales, raisons professionnelles, jours de fête, et les manifestations artistiques. On accorde une dérogation également dans les lieux de culte.
Est-ce que vous vous souvenez du tollé qui fait encore débat à juste titre aujourd’hui ? La liberté de culte. Sous couvert de « l’ordre public et de la dignité de la personne », on nie une partie des droits fondamentaux de l’Homme (dans le pays qui en est à l’origine) : la liberté de culte.
2010 : hier il s’agissait de la sphère publique au sens large (y compris les établissements privés recevant du public). Domaine où le législateur a une place légitime.
2026 : sous couvert de protection des mineurs, l’État s’attaque à la sphère privée. Est-ce vraiment toujours la place de l’Etat ?
Sous couvert moral de l’alibi intouchable de la « Protection des mineurs », l’État s’impose dans votre salon privé digital pour règlementer le pseudonymat.
La protection digitale des mineurs a bon dos, d’autant qu’au vu des faits divers récents, on en aurait souhaité une beaucoup plus efficace sur le terrain. Concernant l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs je vous partage la réflexion de “L’écran aux alouettes” son article nommé : Faut-il interdire les réseaux sociaux en date du 22.12.2025. 1
La frontière est franchie. 16 ans après la loi sur l’interdiction du masque en public et l’apparition du premier iPad (oui, aucun rapport, j’assume).
Restons réalistes, cette vérification d’âge aura au moins un effet attendu : on sera sûr que ce seront des humains en âge de prendre des décisions aux commandes des comptes. Fini les bots et le comptes fantômes. À qui profite vraiment le crime ?
On entend beaucoup que l’État pourra relier le contenu au nom. Est-ce vrai ?
Pas directement. Pas avec le système de vérification d’âge grâce au tiers de confiance, s’il est appliqué comme il est décrit.
Mais est-on vraiment sauvé pour autant ?
Le tiers de confiance.
Personnellement, je ne me fais déjà pas confiance à moi-même, alors à un tiers…
« Confiance ». Le mot clé de la novlangue instaurée à partir de mai 2017… j’en frissonne.
Quels sont les Tiers de confiance retenus ?
France Identité, celui déjà utilisé pour France Connect, et Docaposte, filiale de La Poste. Vous vous souvenez du bordel suite à l’attaque du site de La Poste fin d’année 2025 pendant les fêtes ? C’est une attaque paralysant le système, il n’y a pas eu de fuite de donnée. Mais ça ne donne pas forcément confiance dans l’infrastructure.
Comment ça fonctionne ?
Grâce à une photo en temps réel de toi et la puce de ta carte d’identité, ou le scan de celle-ci, le tiers de confiance établit si tu remplis les conditions pour la plateforme pour laquelle tu postules. Il délivre alors une autorisation à ton appareil pour accéder au réseau social.
Le système de chiffrement retenu est un système asymétrique : ce qui fait que techniquement, le tiers de confiance ne sait pas pour quel site est destinée cette autorisation. L’autorisation est stockée de manière réellement sécurisée dans ton téléphone et ne sort jamais.
Donc il n’y a pas de lien enregistré avec tes infos personnelles.
Impossible de lier contenu et nom par ce moyen.
Et c’est presque OK.
PRESQUE OK ?
Oui, presque.
Parce que concrètement, il existe 2 solutions européennes souveraines :
- la CNIL a présenté un système qui fonctionne en labo et non mis en production. La faisabilité est prouvée, pas l’utilisation à grande échelle. Donc en test. Merci les champions !
- L’Europe a développé sa propre application de vérification d’âge sur les mêmes critères ! Hourra ! Basé sur l’API de Play Google Integrity ! Play Google ? c’est européen ça ? C’est ouvert au système Apple ? NON et NON. Youhou ! Et, en plus : c’est encore en test…
Première échéance ?
Septembre 2026. Oui, oui, validée.
Les solutions en test seront bien validées d’ici là…
Ayons « Confiance » !
Cette loi de vérification d’âge a été refusée par l’Europe dans sa première mouture. Oui, parce que ce projet n’est pas européen, mais bien franco-français, en espérant que les pays européens vont suivre.
Au premier essai, l’État voulait imposer à une liste de plateformes la vérification de l’âge. Or, la France n’a pas le droit d’agir toute seule sur des acteurs que le DSA a placés sous supervision européenne exclusive. Donc il a fallu trouver une autre voie. La loi s’applique désormais à tous les services de réseaux sociaux en général, sans nommer personne et sans seuil de taille. Une règle générale et impersonnelle, ça reste dans le domaine où la France peut légiférer seule. COCORICO !
Si je vous dis OSINT ? Open Source INTelligence, renseignement de sources ouvertes. Il s’agit d’une méthode de recherche d’informations sur Internet en utilisant tout ce qui est légal. Et c’est assez bluffant. Je vous invite à voir la vidéo-enquête de Micode sur le sujet2 .
Avec les tiers de confiance, l’OSINT risque d’être simplifiée : les données ont un fort potentiel pour se retrouver sur le DarkWeb.
Tous les experts en cybersécurité confirment que le plus compliqué n’est pas de savoir SI une base de données va être piratée, mais QUAND.
Le cas Sumsub
Sumsub, plateforme tiers de confiance pour Bitget et Bybit, deux plateformes d’échange de crypto monnaies.
A l’été 2024, une pièce jointe malveillante est injectée.
Pas d’alerte déclenchée.
C’est un audit interne en janvier 2026 qui va repérer la faille !
Les données touchées : noms, adresses électroniques, numéros de téléphone d’utilisateurs ayant vérifié leur identité via Sumsub sur des plateformes clientes. Juste assez pour organiser un début d’usurpations d’identité en associant d’autres infos qu’on pouvait récupérer sur les réseaux sociaux.
Et on s’apprête, tranquillou-bilou, à créer une base avec les pièces d’identité officielles et éventuellement les données biométriques du visage correspondant.
Mais qu’est-ce qui pourrait donc mal se passer ?
Qui a oublié la fuite du site de l’ANTS le 15 avril 2026 ? On y revient plus tard.
Le plus savoureux.
Souvenez-vous, mon neveu : « Un magicien ne révèle jamais ses tours »
Un VPN et hop.
Solution déjà adoptée pour l’entrée en vigueur le 11 janvier 2025 de la vérification de la majorité pour les sites pornographiques.
Solution valable même si la contrainte devient européenne.
Fini.
Suivant.
C’est moi ou le travail est fait à moitié ?
On voudrait juste se donner bonne conscience qu’on ne s’y prendrait pas autrement, non ?
La taxe petits colis hors UE.
Voilà du travail bien fait. Le rapport ? Vous ne le voyez pas ? Laissez-moi vous expliquer comment ça fonctionne.
Avant, les commandes européenne en Chine étaient moindres. Avec l’inflation galopante de ces dernières années et le développement de la vente en ligne, la Chine est devenue un Eldorado pour les ménages modestes et super modestes.
L’UE a renforcé la législation sur la qualité des produits avec la norme CE. Mais ça n’a pas suffi. Il faut dire qu’acheter un entonnoir 7 euros quand on vous le vend 0,30 euros au bout du monde et qu’avec les frais de port ça fait toujours moins cher, on hésite de moins en moins.
Cette taxe petit colis est annoncée comme un outil de lutte contre la concurrence déloyale, avec un supplément d’âme écologique en bonus
Avant, à la douane : un colis « pris au hasard » ou qui paraissait suspect à l’instinct d’un douanier, était déballé puis examiné. S’il n’y avait rien de repréhensible, la douane appliquait les tarifs. Le reste des facturations était fait sur la base de la déclaration douanière.
Aujourd’hui, fini. Sur les colis de moins de 150 euros qui étaient exempts de taxe autrefois, vous payez une taxe européenne de 3 euros. Et pas par colis, par code SH (Système Harmonisé qui identifie le type de produit). Le système est automatisé. Sur la base de votre commande, le fournisseur fait une déclaration en douane, avec des codes informatiques qui correspondent au type de produits expédiés. Le fournisseur récupère et reverse le montant de la taxe et votre colis. Ce dernier ne part que si la taxe est payée.
Le plus beau : seuls 25 % de la taxe européenne sont reversés au pays de la commande.
2 euros ? Oui, mais ça, c’était avant le 1er juillet 2026. La France l’avait mis en place en anticipation… La politique du bon élève. Ou du fayot suivant les points de vue.
Et vous n’êtes pas facturé au colis, mais au code SH.
Exemple fictif ( je n’ai pas fouillé les codes SH) :
- Une chemise en coton = 1 code SH
- Une chemise en polyester = 1 code SH
- Une chemise en mélange polyester et coton = 1 code SH.
Donc celui qui commande 3 chemises de types différents = 9 euros de taxe.
Celui qui commande 2 chemises de chaque type = 9 euros de taxes.
La logique ? Je la cherche encore. Cette taxe est censée être aussi écologique. Donc si vous commandez 100 fois le même produit à 1,45 euro, vous aurez une taxe de 3 euros. Pourtant le bilan énergétique est plus important que celui qui commande le même objet une fois, puisque le poids est au moins 100 fois moindre.
Dites-moi, est-ce que la facturation par code SH ne favoriserait pas un peu les petits revendeurs qui achètent en gros pour multiplier par 5 le prix au détail sur le sol européen ?
Tant qu’à poursuivre la logique : ça ne ressemblerait pas plus à un impôt protectionniste et injuste plutôt qu’à un impôt réellement écologique ?
Donc concrètement, avec cette taxe, il existe une trace de votre commande, avec forcément votre nom et votre adresse dans un système informatique européen.
Le voilà, le rapport avec la protection des données personnelles :
Quelqu’un de malveillant qui piraterait ce système pourrait avoir des infos privées sur le mode de consommation d’un quidam, identifié par son nom et son adresse…
J’ai dit quelqu’un de malveillant. Un Etat n’est jamais malveillant n’est-ce pas ?
Question à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse : outre une nouvelle concentration des infos personnelles en un seul point, est-ce que ce système respecte le RGPD ?
Ce serait quand même ballot que non.
Et les entreprises dans tout ça ?
Oui, parce que s’il y a des données personnelles stockées en France, ce sont celles des entreprises. Elles ont des fichiers clients, des données personnelles avec nos consentements et nous obligent à cliquer sur oui ou non quand les cookies ne sont pas obligatoires.
Ouf, le RGPD et la CNIL veillent au grain. Pour une fois, nous voilà rassurés.
Rassuré, à moins que vous ne travailliez en autoentreprise, ou que vous soyez patron, ou comptable. Parce que pour vous, le 1er septembre 2026, c’est surtout : l’arrivée de la facturation électronique.
Petite précision : pour les PME et autoentreprises, l’obligation de 2026 est l’inscription pour la réception des factures. Pour elles, l’échéance obligatoire d’émission des facture est au 1er septembre 2027.
Décidée en 2020, voilà que le rêve de l’État se met enfin en place. Après le prélèvement des impôts à la source des particuliers ( tiens encore un système automatisé imposé avec des données personnelles sensibles consultables par las RH et les patrons..), voici la surveillance du chiffre d’affaires via la TVA. Et la possibilité d’une approximation des bénéfices de chaque entreprise française.
Comment ça, pas possible ?
Mais si, et c’est principalement un effet de bord de cette facturation électronique qui enregistre les flux de TVA en direct. Pour « éviter les fraudes ».
En effet, à partir du premier septembre, il faudra passer maintenant par le PPF (Portail Pour la Facturation) fourni par l’État ou par un PDP (Portail de Dématérialisation Partenaire) pour fournir une facture à une entreprise. En indiquant la TVA. Même si l’entreprise ne la collecte pas. Ce qui veut dire que l’État aura directement connaissance du chiffre d’affaires. Sauf pour les exportations qu’il retrouvera dans une autre déclaration aux impôts.
Il pourra également avoir une idée des charges matérielles. Puisqu’il verra les factures entrantes. Attention : hors importations et charges non facturées par un système extérieur non soumis à cette obligation de déclaration de TVA. Et puisque l’URSSAF connait la masse salariale, de là à avoir une estimation des bénéfices de l’entreprise… y a pas des kilomètres.
Je dis une estimation car il faut un vrai bilan avec les immobilisations genre les amortissements, les charges financières, etc.
En voilà un État qui est bienveillant avec ses entreprises !
Le cas des cryptomonnaies
M’en fous, j’ai des cryptos, et ça, c’est intraçable.
C’était intraçable, mon vieux.
Aujourd’hui, au même titre que tu dois justifier l’origine et la nature des fonds lors des transactions importantes, voire à chaque fois que tu fais un mandat à l’étranger pour la famille, les cryptomonnaies vont devenir le livre comptable le plus transparent de l’histoire.
Plutôt que de s’attaquer aux cryptomonnaies elles-mêmes, l’État s’est contenté de légiférer sur les points faibles : les péages. En trois acronymes : PSAN, MiCA, et KYC :
- PSAN, c’est Prestataire de Services sur Actifs Numériques, le statut réglementaire français obligatoire pour toute plateforme d’échange de cryptomonnaies, type Coinbase ou Binance, opérant en France.
- MiCA, c’est Markets in Crypto-Assets, le règlement européen qui harmonise cette régulation à l’échelle de toute l’Union, entré pleinement en application fin 2024, et qui a progressivement absorbé le régime PSAN français pour le remplacer par un agrément unique valable dans les 27 pays.
- KYC, c’est Know Your Customer, littéralement “connais ton client”, le processus d’identification obligatoire, pièce d’identité, justificatif de domicile, que toute plateforme régulée doit exiger avant de te laisser ouvrir un compte ou déposer des fonds. C’est le mécanisme concret qui colle ton identité civile à ton portefeuille.
Et donc, une fois ton nom collé à l’entrée ou à la sortie de la blockchain, il est collé à vie à la blockchain qui est passée dans ton portefeuille. C’est comme ça que certains refusent des paiements de crypto monnaies qui ont transité par des portefeuilles marqués comme suspects…
Donc à moins de faire du Monero (cryptomonnaie intraçable) ton écosystème monétaire pour toute une population d’accord pour lancer une nouvelle monnaie (y compris la bouffe qui s’importe en monnaie ou cryptomonnaie officielle), le moindre change de crypto marque ton passage dans la blockchain sur des registres publics accessibles à tous !
Voilà, voilà.
L’avenir appartient à ceux qui truandaient tôt ?
Et dans les cartons ?
On l’a tous entendu et ça fait vraiment débat : le rapport qui donne lieu à un projet de loi sur les « ingérences intérieures ».
L’oxymore le plus mauvais de la novlangue depuis son apparition.
56 recommandations. Si peu.
Trois axes structurent le rapport : prévenir les manipulations en période électorale et mieux combattre les dérives des plateformes numériques, rendre le droit européen plus offensif pour protéger l’information, encourager et soutenir une information de qualité.
Y’a du pain sur la planche. Mais j’ai l’impression qu’on a pas confié la mission aux couteaux les plus aiguisés du tiroir. Il n’y a qu’à voir la commission d’enquête avec le représentant de Youtube France. Vous trouverez cette séquence lunaire partout sur les réseaux sociaux. D’autres on déjà fait l’analyse de la méconnaissance stratosphérique des enquêteurs.
Pour y parvenir, deux mesures de fond principales.
Première mesure de fond : un observatoire indépendant composé de chercheurs, d’associations et d’organismes de recherche qui pourrait alerter l’ARCOM et la Commission nationale de contrôle de la campagne présidentielle.
Financé par qui ?
Et dont les participants sont choisis comment ?
Bref, il manque un peu de polissage pour rendre la vitre totalement transparente.
Deuxième mesure de fond, tout aussi importante : le rapport recommande que les plateformes et les fournisseurs de modèles d’IA soient considérés comme détenteurs d’une responsabilité éditoriale liée à la configuration de leurs systèmes de recommandation. C’est un changement de statut juridique majeur, on passe du statut d’hébergeur simple, protégé, à celui d’éditeur responsable de ce que ses algosrithmes mettent en avant.
Et c’est un des rares points qui permet à l’Europe de faire pression sur les plateformes : grâce aux amendes en pourcentage du chiffre d’affaires mondial. Le poids financier énorme de ces pénalités donnent à réfléchir aux plus gros.
MAIS…. Ce second point ne passe pas tel quel avec le DSA actuel. Exactement comme pour la vérification d’âge, un statut de “responsabilité éditoriale” façon éditeur de presse entrerait en tension avec le régime harmonisé de responsabilité limitée des hébergeurs que le droit européen protège. C’est le point qui nécessite un changement du droit européen, donc hors de portée d’une pression purement nationale. Ce que la France peut faire seule, c’est renforcer les pouvoirs et les moyens de l’ARCOM, qui a déjà une compétence existante.
C’est exactement le même schéma que celui qu’on a vu ailleurs sur la première mouture de la vérification de l’âge pour l’accès au réseaux sociaux : la règle générale et déjà reconnue passe, la mesure ciblée et nouvelle fait choux blanc à Bruxelles.
Oui, choux de Bruxelles, ça m’amuse, d’autant plus que la mesure proposée va avoir un effet très probable sur le transit intestinal d’élus français et européens.
L’ARCOM reste une instance administrative, avec des pouvoirs purement administratifs, aucun pouvoir judiciaire propre, mais toujours sous contrôle du juge a posteriori.
Le vrai garde-fou n’est pas l’absence de pouvoir administratif, c’est la robustesse du recours qui vient après. Car dans le principe de notre démocratie, même si ça devient de moins en moins évident qu’elle le soit au premier coup d’œil, il existe la séparation des pouvoirs pour une meilleure gestion et une impartialité maximale de la justice.
Si le pouvoir exécutif venait à avaler le pouvoir judiciaire, c’est là que se trouverait le véritable glissement autoritaire. Et pour l’instant, on ne fait que flirter avec la limite. Et paradoxalement, c’est l’Europe qui sert de garde-fou.
Petit pont.
Par contre, ce qui n’apparaît plus clairement dans toutes ces mesures citées jusqu’à présent, c’est la présomption d’innocence.
En effet :
- on n’a pas le droit de se connecter sauf si on prouve que l’on a plus de 15 ans,
- on paie une taxe sur des colis car on défavorise la concurrence et on pollue,
- on vient surveiller les flux de TVA car les entreprises fraudent,
- on cache nos richesses dans la monnaie digitale alors on les affiche aux yeux de tous,
- on suppose qu’on est défavorable au discours démocratique car l’appareil étatique a besoin de se défendre contre les attaques déloyales…
On passe de présumé innocent à coupable jusqu’à preuve du contraire aux yeux de l’État que nous finançons avec une bonne partie de nos revenus.
Ça ressemble vachement à du marketing masochiste quand même.
Un peu de science fiction.
Parlons justement de marketing.
Vous connaissez Samantha Waters ? De la série Profiler, qui passait dans la Trilogie du samedi sur M6. Super série pour les années 90-2000, je recommande.
Samantha Waters est une superbe blonde profileuse.
Elle établit le profil psychologique des tueurs en série au sein d’une unité spécialisée.
Si je vous disais qu’il existe des algorithmes qui peuvent prendre une empreinte de votre personnalité digitale. Un fingerprint, comme on appelle ça.
C’est de la science-fiction ? Non, pas vraiment. Notre belle blonde digitale est capable d’établir un profil à partir de votre manière de taper, de vos réactions sur les notifications, du temps de scroll en fonction de ce que vous regardez, votre IP, vos heures de connexions et plein d’autres choses encore.
Ce profil est unique et, sans l’associer à votre nom, si une boîte le possède, il peut être identifié à moins que consciemment vous ne modifiez vos comportements…
C’est comme notre psyché, c’est plutôt compliqué. En général, pour tromper la machine, il faut utiliser des scripts.
C’est comme ça que certains algorithmes détectent ce que vous aimez regarder et vous proposent du contenu censé être pertinent. Ce n’est pas l’algorithme qui n’est pas pertinent, souvent c’est le référencement du contenu qui n’est pas adapté.
La vraie science-fiction qui fait peur : imaginez Samantha, qui a fait votre profil, le vend pour référencer de la prospection à votre propos. Elle l’attache avec les infos qu’elle a de vous : aime les blondes, probablement fumeur, a acheté du Viagra, etc. Puis l’acheteur attache encore des infos qu’il récupère et le revend plus cher, etc.
Un tiers de confiance se fait pirater, et le dernier acquéreur des données sur le DarkWeb associe votre nom à ce profil digital plus que parfait.
C’est là que ça fait vraiment peur.
Ce n’est plus de la science-fiction. C’est 2026.
Et toutes ces restrictions que nous imposent l’Europe et l’État français augmentent la surface d’attaque de nos vies digitales. Vies digitales dont la sécurité “leur tient à cœur”.
Ce sont des ignorants qui pilotent une fusée spatiale avec une télécommande de voiture radiocommandée.
Désolé, mais il y a certaines réalités qu’il vaut mieux ne pas ignorer. Et il ne faut pas compter sur l’État pour nous aider. On a vu la gestion du COVID et de la dernière canicule.
La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des gestes simples pour éviter au maximum les drames : enrichissez votre culture digitale par des notions de cybersécurité domestique.
Partagez les autour de vous, communiquez avec vos enfants, vos proches, vos parents. Ne fustigez jamais une victime : vous auriez pu aussi vous faire avoir. Encore plus à l’heure de l’IA.
Ne refusez jamais d’aider quelqu’un qui n’est pas à l’aise avec l’informatique. Ça devient moralement aussi criminel que de laisser repartir en voiture quelqu’un qui a trop bu…
Oui, parce qu’il y a aussi du positif dans ce monde de brutes institutionnelles.
La démission de l’État.
Comme promis, revenons sur la fuite de l’ANTS le 15 avril 2026. J’ai déjà fait un article sur cette fuite de données : Steve Austin VS breach3dv ( partagé, comme cet article, par tous les bons utilisateurs de Substack ;-) )
Breach3d, un ado de 15 ans qui exploite la faille la plus basique du monde internet laissée sur l’ANTS (Agence Nationale des Titres Sécurisés) et qui lui permet de récupérer les infos de millions de dossiers.
Cette ironie des titres sécurisés si peu protégés me fera toujours hurler de rire !
En face : L’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information).
La mission de l’ANSSI : s’occuper de la sécurité des systèmes informatiques majeurs (militaires, nucléaires, hôpitaux, etc.).
Mais… les titres sécurisés (carte d’identité, passeport, carte grise) ne font pas partie de ces priorités ?
Évidemment que non mon bon monsieur.
Et pourtant, 200 millions d’euros sont dépensés pour auditer l’ensemble des sites gouvernementaux français, sous supervision de l’ANSSI. Si, si !
Nous en avons largement les moyens de toute façon.
Je me pose une question : n’aurait-il pas été plus économique de donner un ordre de mission temporaire avec détachement d’une partie de l’effectif de l’ANSSI, quitte à prévoir un petit budget complémentaire ( moindre que 200 millions) pour assumer la mission ?
Non parce que ce sont quand même des experts en cybersécurité dont nos impôts paient le salaire !
« Si une PME locale avait laissé fuiter la même quantité de données avec une faille aussi ridicule, la CNIL l’aurait déjà exécutée en place publique avec une amende de 4 % de son chiffre d’affaires. L’État, lui, s’auto-pardonne. Décidément, la COVID… Et l’Europe s’en fout. » (Le singe sur la montagne, Steve Austin VS breach3d)
Exercice de pensée
Imaginons-nous comme dans le roman d’Orwell, « 1984 », avec des moyens modernes : des IA surveillent nos réseaux sociaux et nos activités digitales pour éviter une dérive ou des discours dangereux mettant en péril la stabilité de l’État.
L’État, qui ne nous fait plus confiance, ne fera pas plus confiance à une IA pour traiter les dossiers. L’erreur est toujours possible et donc il y aura toujours un humain dans la boucle. Sûrement en bout de chaîne pour les contestations et les applications de peines.
Un peu comme les radars automatiques, mais en mieux.
Tiens, encore un domaine que j’aurais pu aborder, mais je ne veux pas faire un livre.
Pour ce traitement automatisé, moi je vois plusieurs choses qu’on peut raisonnablement anticiper :
- une accumulation des dossiers à traiter et donc un retard permanent avec un déni des délais de prescription (ou leur disparition)
- un lissage évident de la parole : la mort de l’humour, de l’ironie et du second degré
- l’aléatoire agent de traitement technocratique, souvent obtus ou militant, mais dans tous les cas endoctriné et égocentrique.
Et vous, votre vision des choses ?
Conclusion
À la base, je voulais juste faire un point sur cette loi de vérification de l’âge que l’État nous impose. Parce que j’ai vu des gens discourir et vouloir prendre des décisions hâtives sous le coup de l’émotion ou de on-dit non justifiés.
Alors, en plus de mes connaissances, j’ai fait des recherches, et chemin faisant j’ai abouti à cet article un peu long mais que je pense nécessaire. Et que je veux le plus objectif possible.
Sincèrement, il est clair que l’État a déjà beaucoup de nos données en main.
Et je n’ai pas abordé le livret de santé électronique créé par défaut sauf opposition active de notre part. Les risques sont les mêmes, énumérés tout au long de cet article.
Nier les risques de piratage, et les risques de bridage de nos libertés ne révélerait qu’une inconscience de ma part.
Le plus terrible pour moi est d’avoir glissé de la présomption d’innocence à l’obligation de preuve de ma non-culpabilité, par les décisions successives d’élus censés me protéger.
J’ai presque honte d’être né dans le pays des Lumières et des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Seulement, j’ai aussi pu constater que certains garde-fous, volontaires ou non, sont, souvent par inertie, un frein à des dérives autoritaires.
J’ai dit un frein, pas un coup d’arrêt.
On l’a vu avec cette volonté de brider les réseaux sociaux aux plus jeunes alors qu’un simple VPN permet de contourner la « protection ».
Les outils ont changé, mais au final ces nouvelles règles, ces nouvelles méthodes, les historiens les ont déjà citées sous d’autres noms dans une période beaucoup plus ancienne :
- la taxe colis serait une résurgence de la gabelle (l’impôt moyenâgeux sur le sel, aujourd’hui il existe une taxe sur le sucre…)
- le tiers de confiance, une copie des registres paroissiaux qui faisaient foi devant l’Église et l’État pour chaque étape de la vie civile,
- L’observatoire des ingérences intérieures serait vu comme la nouvelle lettre de cachet.
Plutôt que de basculer dans une société dystopique,
je crois plutôt que nous sommes simplement en train de mondialiser le Moyen Âge.


Tellement juste !
Le ‘juste un point rapide’ est un énorme travail… dont j’ai suivi les méandres avec intérêt, merci.